Le Double Le test du double

Le web n'oublie pas (tout)

Pourquoi d'anciennes traces en ligne persistent, ce que le droit à l'effacement et le déréférencement permettent de retirer, et leurs limites.

Identité numérique · Publié le · 3 min de lecture

Double portrait d'un peintre et de sa femme vus dans un miroir ovale, Vilhelm Hammershøi, 1911

La persistance du web désigne le fait que des contenus publiés en ligne restent trouvables longtemps après leur publication, souvent hors du contrôle de leur auteur. La formule « le web n'oublie rien » exagère pourtant : une grande partie de ce qui a été publié il y a quinze ans a disparu avec les sites fermés et les plateformes éteintes. Ce qui reste, en revanche, reste longtemps.

Pourquoi certaines traces durent-elles ?

  • Les copies. Un texte publié une fois peut être repris, cité, capturé en image, archivé par des services comme l'Internet Archive. Supprimer l'original ne supprime pas les copies.
  • Les moteurs de recherche. Une page supprimée peut rester dans les résultats quelques semaines. Une page toujours en ligne mais oubliée peut, elle, rester des années.
  • Les annuaires et agrégateurs. Certains sites compilent des profils publics, des listes de dirigeants ou des participants à des événements, et les gardent bien après que la source a changé.
  • Votre propre réseau. Une photo de soirée d'entreprise, un commentaire sur un forum, un ancien profil sur un réseau abandonné : ce sont souvent les traces les plus visibles, parce qu'elles sont liées à votre nom.

Que permet le droit à l'effacement ?

Le RGPD donne un droit à l'effacement des données personnelles quand elles ne sont plus nécessaires, quand la personne retire son consentement ou quand elles ont été traitées illégalement (article 17 du RGPD). Le responsable du site doit répondre dans un délai d'un mois ; sans réponse, on peut adresser une plainte à la CNIL.

Et le déréférencement ?

Pour les moteurs de recherche, la Cour de justice de l'Union européenne a reconnu le 13 mai 2014, dans l'arrêt Google Spain (C-131/12), le droit de demander qu'un résultat ne soit plus affiché pour une recherche sur son nom. La CNIL explique les conditions du droit au déréférencement, avec ses limites :

  • le déréférencement ne supprime pas la page : il l'écarte des résultats obtenus avec votre nom ;
  • il est mis en balance avec l'intérêt du public à accéder à l'information, plus fort pour les personnes qui exercent un rôle public.

Par où commencer ?

Commencez par l'inventaire de ce qui existe, puis supprimez ce qui dépend de vous avant d'écrire aux sites et aux moteurs. La méthode complète, étape par étape, est dans notre article sur la gestion de l'e-réputation, et les formulaires officiels sont réunis dans notre annuaire des ressources.

Ajouter plutôt que retirer

Le moyen le plus efficace de faire reculer une ancienne trace n'est pas toujours de la supprimer. C'est souvent de publier des traces plus récentes, plus complètes et plus pertinentes, qui passent devant dans les résultats. Votre identité en ligne est faite de plusieurs couches, décrites dans notre article sur les projections numériques de l'identité.

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