Le Double Le test du double

Réseaux sociaux et attention

Notifications, défilement, récompenses imprévisibles : ce que la recherche dit de l'effet des médias sociaux sur l'attention, et les réglages qui aident.

Réseaux sociaux · Publié le · 3 min de lecture

Tableau synoptique des traits physionomiques pour l'étude du portrait parlé, Alphonse Bertillon, vers 1909

Les médias sociaux affectent surtout une ressource précise du cerveau : l'attention. C'est l'effet le mieux établi par la recherche, loin devant les affirmations spectaculaires sur la « dépendance » ou la baisse de l'intelligence. Au début des années 2010, les infographies sur « ce que les réseaux sociaux font à notre cerveau » circulaient partout, souvent avec des chiffres impossibles à retrouver. Le sujet est devenu plus sérieux depuis.

Que sait-on vraiment de l'effet des réseaux sociaux sur l'attention ?

Les interruptions coûtent plus que leur durée. Les travaux de Gloria Mark, à l'université de Californie à Irvine, sur le travail de bureau montrent que les personnes interrompues reprennent rarement leur tâche tout de suite. Dans une étude de 2005 (Mark, Gonzalez et Harris, « No Task Left Behind? »), le travail interrompu n'était repris qu'après plus de vingt minutes en moyenne, et après être passé par d'autres tâches. Une notification de quelques secondes peut ainsi coûter bien plus que le temps de la lire.

L'attention reste accrochée à la tâche précédente. La chercheuse Sophie Leroy a décrit en 2009 le « résidu attentionnel » : quand on passe d'une tâche à une autre sans avoir terminé la première, une partie de l'attention y reste, et la seconde est moins bien faite. Consulter un fil d'actualité entre deux dossiers produit exactement cette situation.

Les récompenses imprévisibles retiennent. Un fil qui se rafraîchit, un nombre de réactions qui varie : le principe de la récompense intermittente est connu depuis longtemps en psychologie du comportement. Il explique pourquoi on revient vérifier sans raison particulière.

Quelles affirmations sont moins sûres ?

Beaucoup d'affirmations répandues reposent sur des études fragiles ou mal relayées : la « durée d'attention plus courte que celle d'un poisson rouge », la « dépendance » assimilée à une drogue, la baisse générale de l'intelligence. Les recherches sur ces sujets donnent des résultats contradictoires, ou mesurent autre chose que ce qu'on leur prête. Mieux vaut s'en tenir aux effets observés sur des tâches concrètes.

Ce que cela change au travail

Les métiers liés au recrutement, à la communication et aux RH sont particulièrement exposés : on y travaille souvent avec les réseaux sociaux ouverts, par nécessité. Le problème vient du mélange. Quand la veille (qui gagne à être cadrée, comme le propose notre article sur le test & learn), la messagerie et le travail de fond se font dans la même fenêtre, en même temps, c'est le travail de fond qui perd.

Quels réglages aident à garder son attention ?

  • Couper les notifications de tout ce qui n'exige pas une réponse immédiate. La plupart n'en exigent pas.
  • Regrouper les usages : deux ou trois créneaux par jour pour les réseaux et la messagerie, plutôt qu'une présence continue.
  • Séparer les outils : un navigateur ou un profil pour le travail de fond, un autre pour la veille.
  • Finir avant de changer : terminer une étape, même petite, avant d'ouvrir autre chose, pour limiter le résidu attentionnel.
  • Sortir l'application du téléphone pendant les périodes de concentration, ou la ranger hors de l'écran d'accueil.

Et pour les employeurs

Une entreprise qui attend de ses salariés une réactivité permanente sur les messageries et les réseaux leur demande, sans le dire, de renoncer au travail concentré. Fixer des plages sans réunion ni sollicitation, respecter le droit à la déconnexion (voir notre article sur le télétravail) et ne pas faire de la réponse instantanée un critère d'évaluation : ces règles simples protègent l'attention, qui est la matière première de la plupart des métiers qualifiés.

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