Une enquête sur l'identité numérique cherche à mesurer ce que les internautes publient d'eux-mêmes, ce que les recruteurs consultent, ou ce que les personnes savent de leurs propres traces. Ces enquêtes circulent beaucoup, souvent réduites à un pourcentage choc. Avant de les citer, il faut savoir les lire.
D'où viennent les chiffres ?
Une bonne partie des statistiques sur l'identité numérique sont publiées par des entreprises qui vendent un service lié : plateformes de CV en ligne comme DoYouBuzz, outils de veille, agences d'e-réputation. Ce n'est pas un motif de rejet, mais une raison de vérifier la méthode.
Comment lire une enquête sur l'identité numérique ?
Posez cinq questions.
- Qui a été interrogé ? Des recruteurs, des candidats, des internautes en général ? Combien de personnes, dans quel pays ?
- Comment ont-ils été recrutés ? Un questionnaire diffusé auprès des utilisateurs d'un service donne une image de ces utilisateurs, pas de la population.
- Quelle est la question exacte ? « Avez-vous déjà cherché un candidat en ligne ? » ne mesure pas la même chose que « le faites-vous systématiquement ? ».
- Quand ? Une enquête de plus de trois ou quatre ans sur les usages numériques décrit souvent un autre monde.
- Que mesure-t-on : un comportement ou une opinion ? Déclarer qu'on ferait attention n'est pas faire attention.
Ce qu'on peut retenir avec prudence
Les enquêtes, quelles que soient leurs limites, convergent sur quelques points :
- une recherche sur le nom d'un candidat est une pratique répandue chez les recruteurs ;
- beaucoup de personnes connaissent mal ce qu'on trouve sur elles ;
- les traces jugées gênantes sont rarement les plus graves, mais les plus visibles.
Ces constats suffisent pour agir sans attendre un chiffre exact (gérer son e-réputation).
Pourquoi les chiffres se contredisent-ils ?
Deux enquêtes sur le même sujet peuvent donner des résultats très différents parce qu'elles n'interrogent ni les mêmes personnes, ni avec les mêmes mots, ni la même année. Un recruteur de grand groupe et un dirigeant de petite entreprise n'ont pas les mêmes pratiques. Plutôt que de choisir un chiffre, retenez la tendance commune aux sources sérieuses.
Mesurer sa propre situation
La meilleure statistique est celle qui vous concerne. Une recherche sur votre nom, en navigation privée, dit plus que n'importe quel sondage sur ce qu'un recruteur verra. Notez les dix premiers résultats, classez-les, et répétez l'exercice chaque année : c'est une enquête à un seul répondant, mais parfaitement représentative (vos doubles en ligne).
Pour expliquer le sujet à d'autres, les chiffres aident à capter l'attention ; les exemples concrets aident à faire changer les pratiques (parler d'identité numérique).


